Un jardin naturel ? 10 du 10 de février

Publié le par Annick Boidron

Un jardin, c'est artificiel. Sinon, ce ne serait pas un jardin. Mais en ajoutant une note de spontanéité par-ci, un détail "authentique", par là et surtout en évitant certains matériaux, on peut donner à son jardin un petit air sauvageon et indiscipliné qui ferait presque croire qu'il a poussé là tout seul. Ci-dessous, je vous propose ma conception du jardin... le plus naturel possible.

Cet article a été écrit (en retard)  pour le 10 du 10 de février dont le thème est : "naturel". Mais emportée par mon élan, j'ai dépassé les 10 photos règlementaires. J'espère qu'il ne m'en sera pas tenu rigueur...

Toutes les explications sur le défi "10 du 10" en bas de page

J'utilise uniquement les matériaux du coin...

Les pierres de la région se trouvent... dans la région, ce qui n'est pas leur moindre intérêt. On peut les acheter directement sur le lieu d'extraction et de ce fait, elles reviennent moins cher. Parfois, on peut même les récupérer dans son jardin. Les pierres "importées", comme on en vend dans les jardineries, jurent avec les constructions avoisinantes et ne s'intègrent pas au décor.

La petite mare-fontaine en pierres du pays entre lesquelles se faufilent des semis spontanés

La petite mare-fontaine en pierres du pays entre lesquelles se faufilent des semis spontanés

Je récupère autant que je peux

Quand nous avons installé les panneaux solaires, nous avons conservé les ardoises enlevées. En les superposant en arête sur les 3/4 de leur surface, elles font des bordures faciles à poser et assez solides, qui suivent le bord des parterres avec souplesse. Les couvreurs doivent payer pour se débarrasser des vieilles ardoises et des vieilles tuiles des toits qu'ils démontent, ils ne demandent souvent pas mieux que de les donner.

Bordure en ardoise : il suffit de les poser en bordure du massif.

Bordure en ardoise : il suffit de les poser en bordure du massif.

Je ne me complique pas l'existence

Faire simple, c'est souvent aussi faire bon-marché. Ces petites portes bricolées "maison" avec le restant de la girondine s'intègrent bien dans la clôture et coûtent trois fois rien.

Des petites portes sans prétention, simples à réaliser mais qui jouent bien leur rôle.

Des petites portes sans prétention, simples à réaliser mais qui jouent bien leur rôle.

Je laisse pousser les fleurs sauvages ...

Pourquoi arracher la végétation existante et labourer pour ensuite semer des "prairies fleuries" achetées en sachets ? Les plantes spontanées, adaptées au climat et à la région sont aussi très jolies et s'installent rapidement dès qu'on les laisse faire. Le tapis fleuri obtenu est beaucoup plus résistant et, surtout, il revient d'année en année sans aucune intervention. Si on le souhaite, il est possible ici et là, de l'enrichir avec quelques vivaces bien adaptées à cet usage.

Au printemps, le bugle rampant, les véroniques, les potentilles "faux-fraisiers" et les boutons d'or émaillent la prairie de leurs couleurs.

Au printemps, le bugle rampant, les véroniques, les potentilles "faux-fraisiers" et les boutons d'or émaillent la prairie de leurs couleurs.

...et parfois, j'en sème moi-même

Bien que les digitales pourpres soient très nombreuses dans les clairières de la région, elles ne poussaient pas spontanément dans mon jardin. J'en ai semé une seule fois il y a presque trente ans. Depuis, elles reviennent fidèlement. Je suis même obligée d'en enlever.

Pour avoir des digitales "non-stop", il faut évidemment laisser les graines se former. Elles tombent alors sur le sol et commencent à pousser jusqu'à la fin de l'automne. Elles fleuriront l'année suivante.

La digitale pourpre est douée pour se mettre en scène

La digitale pourpre est douée pour se mettre en scène

J'encourage les semis spontanés

Certaines plantes, même non-indigènes, quand elles trouvent des conditions qui leur conviennent se ressèment à qui-mieux-mieux. Certains diront qu'elles sont envahissantes, c'est un point de vue. Pour moi, avec leur habitude de pousser là où ça leur chante, elles amènent une touche de naturel que le meilleur paysagiste n'arriverait pas à créer.

Le petit pavot du Pays de Galles a l'art de se ressemer dans les coins sombres qu'il éclaire de son jaune "pétant"

Le petit pavot du Pays de Galles a l'art de se ressemer dans les coins sombres qu'il éclaire de son jaune "pétant"

Nous avons mis de la terre dans la mare !

Il y en a qui vont hurler !

Notre mare est tout à fait artificielle, c'est une bâche en EPDM qui la rend étanche. Mais s'il y a bien un genre de mare dont j'ai horreur, ce sont celles dont on aperçoit la bâche, parfois même sur les bords. Aussi, quand nous avons créé la nôtre, nous avons mis de la terre au fond, sur la bâche, carrément. Je ne voulais pas de plantes coincées dans des pots , elles se s ont installées là où elles voulaient.

Bon, j'avoue, au début l'eau était souvent verte. Mais peu à peu, la végétation s'est installée. Maintenant, en fonction des saisons, l'eau est parfois limpide, parfois trouble, mais nous n'avons plus jamais de problèmes d'algues vertes ou filamenteuses. L'entretien consiste à enlever les plantes qui auraient tendance à prendre le dessus sur les autres.  Mais pas de filtre, pas de pots ajourés, pas de pompe. Seulement des grenouilles, des tritons et, de temps en temps, la visite d'un couple de canards sauvages.

Qui pourrait penser que cette mare est en caoutchouc ? Pas les grenouilles !

Qui pourrait penser que cette mare est en caoutchouc ? Pas les grenouilles !

Je laisse faire la nature (le plus souvent)

C'est une banalité. Pourtant, quand on se retrouve confronté à un problème, c'est parfois difficile de ne pas intervenir. Alors, pour sauver ses chère plantes, on piège, on traite, on arrache. On croit avoir apporté une solution mais on ne fait souvent qu'aggraver les choses. Intervenir le moins possible permet d'instaurer un équilibre qui profite à tout le monde.

Et puis, comment pourrait-on parler de naturel sans oiseaux qui chantent, sans insectes qui butinent et sans grenouilles qui coassent ?

Le petit rouge-gorge : grand dévoreur de chenilles.

Le petit rouge-gorge : grand dévoreur de chenilles.

Je bannis le plastique

Pas de plastique dans mon jardin ! Jamais, au grand jamais ! Je hais le plastique. Il vieillit mal, devient tout terne et cassant. Le moindre petit morceau qui traine, même si c'est un petit bout de lien pour arbre fruitier, me donne des boutons. Le seul plastique que je tolère, parce que je ne sais pas faire autrement, c'est celui des godets de repiquage et des plateaux alvéolés. Et encore, je rêve de les remplacer par des terrines et des pots en terre... ça viendra !

Petit à petit, je remplace mes godets en plastique par des pots en terre, bien plus naturels

Petit à petit, je remplace mes godets en plastique par des pots en terre, bien plus naturels

Je laisse les parterres (un peu) déborder

Je n'aime pas les bordures de pelouse taillées au cordeau. Je préfère les parterres qui débordent un peu et donnent au jardin un petit air indiscipliné genre : " Quand la jardinière est partie, les plantes dansent". Hé bien qu'elles dansent, ça me plaît !

Devant la maison, les espaces entre le pavé et le mur accueillent des plantations qui aiment le soleil. Elles débordent juste assez pour que ce soit joli, mais pas trop pour ne pas encombrer le passage

Devant la maison, les espaces entre le pavé et le mur accueillent des plantations qui aiment le soleil. Elles débordent juste assez pour que ce soit joli, mais pas trop pour ne pas encombrer le passage

Nous valorisons les "déchets"

Quelques branches du merisier à tailler, et voilà une bordure qui s'intègre parfaitement et va se décomposer tout doucement au fil des saisons.

Bordure réalisée avec des branches de merisier. Elles dureront quelques années, le temps de se décomposer et de retourner à la terre

Bordure réalisée avec des branches de merisier. Elles dureront quelques années, le temps de se décomposer et de retourner à la terre

Je laisse trainer mes affaires

Dans ma haine du plastique, je n'utilise que des arrosoirs et des bassines en zinc. Plutôt que de les exposer à un endroit précis, j'utilise les miens et je les laisse trainer là où je m'en suis servie ! C'est pareil avec les outils : je les choisis toujours en bois et en métal, de couleur naturelle, afin de pouvoir les laisser trainer sans qu'ils gâchent le paysage.

Les objets en zinc ne sont pas là pour décorer : je m'en sers. N'empêche, j'aime bien leur côté désuet et l'ambiance qu'ils créent.

Les objets en zinc ne sont pas là pour décorer : je m'en sers. N'empêche, j'aime bien leur côté désuet et l'ambiance qu'ils créent.

Nous laissons des branches et des arbres morts

Non, les branches et les arbres morts n'amènent pas de maladies. Ils se décomposent sur le sol et l'enrichissent. Ils offrent un abri et de la nourriture à bon nombre d'animaux, à commencer par les pics épeiches et les sitelles que nous aimons tant. Bien sûr, les branches mortes ne peuvent pas toujours être laissés là où elles tombent. Mais on peut en faire des tas ici et là, où elles serviront de refuge au troglodyte, par exemple.

Quant aux arbres morts, plutôt que de s'acharner à les déraciner, il est bien plus simple de s'en servir comme support pour une glycine, par exemple. (Attention quand même, un grand arbre mort peut représenter un danger)

Nous avons conservé le tronc du vieux cerisier. Il est régulièrement visité par les pics. Une jolie glycine le décore au printemps

Nous avons conservé le tronc du vieux cerisier. Il est régulièrement visité par les pics. Une jolie glycine le décore au printemps

Il y a encore bien d'autres éléments qui donnent à un jardin une allure naturelle. On pourrait écrire un livre à ce sujet (il en existe d'ailleurs plusieurs). Mais je m'arrête là car j'ai déjà dépassé mon quota. Cela dit, les commentaires sont ouverts et je me réjouis de lire vos bonnes idées.

 

Pour participer au défi 10 du 10, voici la marche à suivre

1 . Pour connaître le thème du mois : rendez-vous ici, sur le blog "j'habite à Waterford". En général le nouveau thème est publié vers le 8 de chaque mois

2 . Logique... réaliser un article (oui, il faut un blog, si j'ai bien compris) avec dix photos correspondant au thème (et, éventuellement, quelques commentaires)

3 . Se rendre sur cette page et remplir un petit formulaire dit "linky tool" qui, comme son nom l'indique, créera un lien vers votre article, permettant ainsi à chaque visiteur d'y accéder.

Voilà, c'est super-simple, amusant et convivial...

Commenter cet article

Ivette 18/02/2017 16:13

Celui-ci m'avait échappé.Viiiiite,cacher tous les plastiques ici.Tu as raison.Je vais remplacer tt petit à petit.

Agdel 16/02/2017 20:19

Quel magnifique jardin ! Trouver l'équilibre entre le naturel et l'intervention du jardinier n'est pas facile… l'an dernier, il m'a fallu tout de même traiter plus que je ne l'aurais voulu, tant il y avait de ravageurs variés, mais avec l'hiver bien froid que nous avons eu, ça devrait aller mieux.
Ici, ce sont les tuiles cassées que nous avions récupérées pour servir de paillage (pas très efficace, hélas, ça n'a pas arrêté les pissenlits et chardons)

Annick Boidron 16/02/2017 21:59

Qu'est-ce qui pourrait arrêter les chardons et les pissenlits , on se le demande ! Mais c'est beau les tuiles cassées.Avez-vous essayé tout bêtement le carton recouvert de feuilles mores ou de tontes de pelouses. ça n'empêche pas les chardons et les pissenlits de pousser mais ça rend la terre très facile à travailler et on peut plus facilement les enlever. C'est vrai aussi que ça demande parfois bien du stoïcisme de s'empêcher d'intervenir. Nous n'avons pas été gâtés cette année, surtout dans le Nord avec le mildiou, etc... Merci d'aimer mon jardin et bonne soirée

michèle gif 13/02/2017 18:32

j'adore votre jardin, votre façon de faire, tout est beau ! ravie d'avoir découvert votre blog, c'est sûr je reviendrai, merci beaucoup

Annick Boidron 16/02/2017 08:49

Bonjour Michèle, je suis heureuse que mon jardin vous plaise. Et puisque vous reviendrez, je vous dis à bientôt. Bonne journée

mariejoclaude 13/02/2017 10:32

Bravo pour ce jardin naturel , je dirais qu'il est autarcique , nous aussi , en laissant faire la nature , récupérons nos graines , tout déchet végétal est recyclé , c'est l'or brun du jardin qui nous évite de gaspiller notre or noir en allant à la déchèterie , ça horripile de voir des jardiniers apporter des remorque de déchets végétaux à la déchèterie,,,, bonne semaine

Annick Boidron 16/02/2017 08:41

Oui Mariejo, c'est dommage de voir tous les bons déchets verts comme les tontes de pelouse qu'on amène en déchetterie. En même temps, je crois qu'ils en font du compost (ma belle-mère se fournit là), donc ce n'est pas complètement perdu. Pourtant, en dehors de toute considération environnementale, c'est tellement plus reposant et pratique de les laisser se recycler. Heureusement, je pense (j'espère) que de plus en plus de gens comprennent ça. A bientôt

Nonette 13/02/2017 05:19

Merci pour ce superbe reportage ! J'ai adore le texte et les images. j'aime l'idée d'intervenir le moins possible...et de "ne pas faire"..c'est un jardinier philosophe japonais qui a écrit sur ce sujet. Je laisse également le vieux bois nourrir le sol, et c'est payant.je te conseille d'aller faire un tour sur le site de Claude et lydia bourguignon grands spécialistes des sols, leurs conférences en vidéo sur YouTube sont passionnantes. Merci encore et belle journée.

Annick Boidron 16/02/2017 08:47

Bonjour Nonette, j'ai déjà regardé des vidéos de Claude et Lydia Bourguignon mais il y a un moment. et je pense que je vais aller y refaire un petit tour avant de commencer la saison : on découvre toujours quelque chose de nouveau. En plus, quand on intervient un minimum, on s'épargne les travaux épuisants et on se garde ce qui est agréable. Bon, il reste quand même du boulot, mais le boulot au jardin, c'est un plaisir !