L'azuré du nerprun, un papillon bleu apprécié des fourmis

Publié le par Annick Boidron

Hier, j'ai vu mon premier papillon bleu de la saison. Même s'il est "très commun" selon les guides, on ne le voyait jamais en Ardenne jusqu'à ces dernières années. Mais heureusement, maintenant, on le rencontre de plus en plus souvent1. Tant mieux, car il est très joli.

Est-ce qu'on ne se croirait pas en Provence ? Le pot de romarin sort tout juste de la serre. Ceux qui sont en pleine terre fleuriront un peu plus tard

Est-ce qu'on ne se croirait pas en Provence ? Le pot de romarin sort tout juste de la serre. Ceux qui sont en pleine terre fleuriront un peu plus tard

Le papillon photographié hier n'a pas passé l'hiver à l'état adulte dans un coin du garage, il ne revient pas non plus de migration : il est éclos, il y a peu, d'une nymphe attachée sous une feuille. Sans doute dans un houx ou un lierre : deux plantes persistantes qu'il affectionne pour y pondre.

Azuré du nerprun ou du houx ?

En anglais, en allemand, en néerlandais et sans doute encore dans d'autres langues, notre petit papillon s'appelle "bleu du houx"1. Pourquoi avoir choisi de l'appeler azuré du nerprun en français ? Azuré c'est joli, mais nerprun ! Quelle idée ! D'autant plus que notre petit papillon n'est pas difficile sur les plantes-hôtes : on n'avait que l'embarras du choix. Enfin soit, il faudra bien l'appeler azuré du nerprun ou à large bande, ce qui n'est guère plus joli ! Son nom latin est Celastrina argiolus2.

Celastrina se nourrit de nectar de romarin. Mais elle peut aussi manger du miellat de puceron ou même sucer quelques fientes d'oiseaux...

Celastrina se nourrit de nectar de romarin. Mais elle peut aussi manger du miellat de puceron ou même sucer quelques fientes d'oiseaux...

Deux générations par an

Celui que j'ai vu hier fait partie de la première génération. Il y en aura deux au cours de la saison.  C'est une femelle : on la reconnaît à ses bandes noires assez larges sur les ailes antérieures. Elle va pondre bientôt et quelques jours plus tard, les chenilles pourront commencer à se nourrir... les fourmis aussi !

Celastrina ouvre rarement ses ailes, il faut être au taquet pour la prendre en photo. C'est ce que j'ai pu faire de mieux !

Celastrina ouvre rarement ses ailes, il faut être au taquet pour la prendre en photo. C'est ce que j'ai pu faire de mieux !

Les fourmis et l'azuré : une association gagnant-gagnant

Les fourmis ne se nourrissent pas de la chenille d'azuré du nerprun. Bien au contraire, elles s'en occupent. Tout n'est pas encore bien connu à ce sujet mais on sait que cette chenille produit une sorte de miellat recherché par les fourmis. Cela se passe au niveau de son septième segment : c'est précis3.

Ces relations particulières entre des fourmis et des papillons ont un autre avantage : elles protègent ces derniers des attaques de Listrodomus nycthemerus, un ichneumon qui pond ses œufs dans la chenille de l'azuré du nerprun et rien que de l'azuré du nerprun !

Une nymphe qui vibre

Des chercheurs4 ont remarqué que les nymphes des papillons de la famille des lycénidés à laquelle appartient l'azuré des nerpruns émettent des vibrations. Celles-ci seraient une forme de communication en "langage étranger" avec les fourmis qui comprendraient alors qu'il ne faut pas les manger. Cette hypothèse semble confirmée par le fait que, lorsque l'adulte émerge de la chrysalide, il continue à émettre ces vibrations jusqu'à ce qu'il soit capable de s'envoler. Et il a intérêt à faire vite car dès ce moment, les fourmis perdent toute inhibition et se jettent sur leur ancien protégé ! A noter que ça ne "marche" qu'avec certaines espèces de fourmis.

Une association rare ou habituelle ?

Notez que, selon les sources, les liens entre l'azuré du nerprun et certaines fourmis sont qualifiées de rares1 ou au contraire semblent être la règle3. Chez d'autres lycénidés, ces liens sont mieux connus et peuvent être très étroits : les fourmis vont parfois jusqu'à ramener les chrysalides et les chenilles dans leur nid ! Il arrive même que la présence d'une espèce de fourmi soit indispensable à la survie d'une espèce de papillon. L'article ci-dessous explique ça très bien :

Hé bien voilà, il reste encore beaucoup de choses à découvrir sur ce joli papillon devenu si commun. J'espère trouver un de ces jours une chenille entourée de fourmis en train de s'en occuper. Que le jardin est passionnant !

Les sources

1. Site : biodiversité Wallonie, article consacré à l' Argus à bande noire (Celastrina argiolus). En ligne URL : http://biodiversite.wallonie.be/fr/celastrina-argiolus.html?IDD=50333835&IDC=280

2. Site :Le blog de jean-yves cordier
URL : http://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-du-papillon-azure-des-nerpruns-120731392.html Consulté le 05 avril 2017

3. TRISTAN Lafranchis et Pieterkan, Relations entre fourmis et plusieurs lycènes en France, oreina n° 19– septembre 2012. En ligne, consulté le 04 avril 2017

4 . Nico W. Elfferich, Is the larval and imaginal signalling of Lycaenidae and other Lepidoptera related to communication with ants; Natuurhistorisch Museum Rotterdam, 1998. 

5. Site : Learn about butterflies, the complete site about butterflies and moths, article consacré à Celastrina argiolus. URL : http://www.learnaboutbutterflies.com/Britain%20-%20Celastrina%20argiolus.htm. Consulté le 05 avril 2017.

Site : UK Butterflies, page consacrée à celastrina argiolus, URL : http://www.ukbutterflies.co.uk/species.php?species=argiolusconsulté le 05 avril 2017

Publié dans Animaux du jardin

Commenter cet article

VéroniqueD 05/04/2017 18:17

Je l'ai aperçu au potager cet après-midi, c'est bien agréable de découvrir son histoire en rentrant !
Merci Annick.

mariejoclaude 05/04/2017 14:19

Belle leçon botanique , avec les fleurs la faune se réveille aussi , en effet les papillons virevoltent de ci de là ! bonne journée