J'aime les pulmonaires

Publié le par Annick Boidron

Si la monotonie tue l'amour, cela ne risque pas de m'arriver avec la pulmonaire : cette plante change tout le temps et c'est ce qui fait son charme. J'aime la pulmonaire !

Toute simple et discrète dans son coin, la pulmonaire se ferait presque oublier. Pourtant, elle est passionnante.

Toute simple et discrète dans son coin, la pulmonaire se ferait presque oublier. Pourtant, elle est passionnante.

Des feuilles en forme de poumon...malade ?

On commence par le moins romantique : cette histoire de "doctrine des signatures" selon laquelle des "signes" présents sur une plante indiqueraient le mal qu'elle soigne. La feuille de la pulmonaire ressemble (vaguement) à un poumon, c'est vrai. C'est même de là que vient son nom. Certains ajoutent : "un poumon malade" (bêêêêêck !). Nos ancêtres en auraient déduit qu'elle était indiquée pour soulager les problèmes respiratoires.

Un poumon ? Malade ? Peut-être !

Un poumon ? Malade ? Peut-être !

Ou de gouttes de lait

Mais la pulmonaire, comme beaucoup d'autres plantes porte de bien plus jolis noms comme sauge de Bethléem ou herbe au lait de Notre Dame. Ces appellations proviennent d'une jolie légende : la vierge Marie, en fuite en Egypte était, comme on peut s'en douter, plutôt pressée. Mais le petit Jésus avait soif et il fallait bien le nourrir. Dans sa précipitation, la jeune Marie a laissé tomber quelques gouttes de lait sur une pulmonaire alors uniformément verte, qui poussait par là. Bien-sûr les taches sont restées.

Notez qu'on retrouve des histoires similaires à propos d'autres plantes aux feuilles tachées de blanc.

Si on en juge par cette feuille, la Vierge Marie n'avait pas de problèmes de lactation.

Si on en juge par cette feuille, la Vierge Marie n'avait pas de problèmes de lactation.

Des bulles sous la peau

Les taches blanches n'ont rien à voir avec la pigmentation mais sont dues à la présence de bulles gazeuses sous l'épiderme de la feuille. Quand on y regarde de plus près, on voit clairement qu'elles sont légèrement surélevées. Du moins, chez les formes les plus "blanches".

Ce qui est moins convainquant, selon moi, c'est l'explication selon laquelle cette particularité serait une adaptation à la chaleur : les bulles gazeuses agissant comme un isolant. Peut-être. Mais la pulmonaire est une plante de sous-bois préférant l'ombre ou la mi-ombre. Pourquoi présenterait-elle une adaptation à la chaleur ?  Je n'ai pas la réponse, et pourtant j'ai cherché, croyez-moi ! Si vous avez une idée, je suis preneuse.

Des petites bulles de gaz sous l'épiderme (Quel gaz ? Mystère !)

Des petites bulles de gaz sous l'épiderme (Quel gaz ? Mystère !)

Des variations à l'infini

En cherchant un peu et en étant tolérant avec les semis spontanés, on retrouve dans son jardin des pulmonaires de toutes formes et de toutes couleurs, plus ou moins différentes de la variété que l'on avait plantée. C'est de ces nombreuses variations que sont nées les formes horticoles.

Comme c'est souvent le cas avec les semis spontanés, on voit soudain apparaître à la bonne place un sujet particulièrement bien adapté à des conditions de croissance particulières.

Ce pied, par exemple, est apparu comme par magie derrière un mur à l'ombre et sous un arbuste : autant dire qu'il ne reçoit presque jamais le soleil. Ses fleurs très lumineuses et ses taches bien blanches sont particulièrement bienvenues à cet endroit !

Une belle variété aux fleurs d'un bleu lumineux apparue spontanément

Une belle variété aux fleurs d'un bleu lumineux apparue spontanément

Et puis ses fleurs

C'est une particularité de nombreuses scrofulariacées (bourrache, consoude, myosotis...) : les fleurs changent de couleur en vieillissant. J'en ai déjà parlé, je ne me répéterai pas. Les liens ci-dessous conduisent vers les articles concernés. Mais je ne peux pas résister au plaisir de vous montrer ces trois photos de la fleur aux différents âges de sa vie.

Rose, mauve puis bleue : les trois âges de la vie chez la pulmonaireRose, mauve puis bleue : les trois âges de la vie chez la pulmonaireRose, mauve puis bleue : les trois âges de la vie chez la pulmonaire

Rose, mauve puis bleue : les trois âges de la vie chez la pulmonaire

Comment la cultiver ?

Le mieux, c'est de la laisser se semer là où elle l'entend. Ce n'est pas toujours possible. Alors si nous devons lui assigner une place dans le jardin, il vaut mieux choisir l'ombre, même assez dense et, surtout une atmosphère et une terre relativement humide : le pied d'un mur au Nord lui convient tout particulièrement bien. Pas besoin de compost : elle n'est pas difficile sur la nourriture !

Un beau semis spontané aux petites taches blanches dans la pelouse : il va falloir le déplacer avant la première tonte !

Un beau semis spontané aux petites taches blanches dans la pelouse : il va falloir le déplacer avant la première tonte !

Gare à la sécheresse

En été, si l'air devient trop sec, les feuilles se couvrent d'oïdium et se "racrapotent". la plante devient alors tout simplement affreuse ! Pas de problème : il suffit de tout ratiboiser jusqu'au sol. Elle renaîtra de plus belle et donnera un tapis de nouvelles feuilles toutes fraîches.

Pour la multiplication, en plus de la récupération des semis spontanés, on peut récolter les graines fraîches et les semer tout de suite dans un pot ou une terrine qu'on laisse au pied d'un mur exposé au Nord. Elles germeront au printemps suivant.

Concernant les boutures, je vous propose de visiter le lien ci-dessous où j'explique comment je fais (enfin, pas rien que moi !). On peut bouturer ou simplement prélever un morceau de touffe toute l'année, si le temps n'est pas trop sec.

Une petite recette ?

Oui, la pulmonaire se mange : cuite comme des épinards ou crue en salade : je n'ai jamais essayé, les feuilles poilues ne me tentent guère. La fleur a un petit goût sucré pas désagréable.

J'ai découvert cette recette d'un sirop contre la toux ( Jacques-Christophe Valmont de Bomare, Dictionnaire raisonné universel de l'histoire naturelle, Volume 11, 1791). Je vous la livre "dans son jus" :

A essayer : il ne reste plus qu'à trouver du mou de veau.

A essayer : il ne reste plus qu'à trouver du mou de veau.

Voilà : j'en ai fini avec la pulmonaire pour le moment. Il existe de nombreuses variétés horticoles aux feuilles et fleurs de différentes couleurs. Je vais peut-être craquer pour une variété à fleurs blanches mais j'hésite encore car j'aime penser que toutes les pulmonaires si différentes qui poussent dans mon jardin sont issues d'une seule et même plante.

Bonne journée au jardin et merci mille fois pour votre lecture et vos commentaires.

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Commenter cet article

laurence 17/04/2017 09:47

Magnifique article sur les pulmonaires que j'aime moi aussi beaucoup. Plante pas compliquée à floraison abondance si elle se trouve au bon endroit, chez moi, je dois même en arracher tant elle se propage rapidement... par contre bizarrement, toujours bleue.

mariejoclaude 04/04/2017 09:57

article bien complet sur cette pulmonaire que je ne connaissais pas ! , je suppose que c'est une bonne plante médicinale , oublié sans doute malheureusement !!
bonne journée

catherine 03/04/2017 14:55

il y a beaucoup d'endroits où elle se plaira..
bon après midi au soleil!

catherine 03/04/2017 14:54

cet article me conforte dans l'idée que cette pulmonaire serait bien dans mon jardin! il y a be