Le lierre, l'amant des arbres

Publié le par Annick Boidron

Dans le fond du jardin, juste derrière la serre, pousse un vieux pin sous lequel j'ai installé mon petit coin "semis-bouturage-rempotage". C'est un de mes endroits préférés pour le calme qui y règne et aussi parce que, dans ce vieux pin couvert de lierre, vit tout un petit monde bourdonnant et pépiant.

Le lierre, l'amant des arbres
Mon petit coin" semis-bouturage-repiquage" sous le pin et... son lierre.

Mon petit coin" semis-bouturage-repiquage" sous le pin et... son lierre.

Bourreau ou amant des arbres ?

Seulement voilà : ce pin qui, de mémoire d'homme, a "toujours" poussé ici, montre des signes de faiblesse : ses branches basses meurent et tombent, ses aiguilles se raréfient. Selon certains amis, le lierre serait la cause de ce dépérissement apparent. Mais, outre le fait que s'en débarrasser représenterait une tâche sans doute insurmontable, détruire ce lierre serait à lui seul un petit désastre écologique (Comme j'ai déjà parlé de l'intérêt écologique du lierre, je ne me répète pas et je vous invite à visiter le lien ci-dessous).

N'empêche, ce lierre a quand même l'air bien envahissant et j'ai eu quelques soupçons à son sujet. Dans ces cas-là, qu'est-ce qu'on fait ? On se renseigne.

L'avis d'un spécialiste

Il se trouve que, justement, Dominique Cousin qui nous a fait visiter le Vasterival a abordé le sujet : selon lui, le lierre ne fait pas de tort aux arbres. Au Vasterival, le lierre est enlevé dans la partie centrale du parc, afin de ne pas dissimuler la structure des arbres "transparents". Ailleurs, il est le bienvenu. C'est déjà une réponse en soi, mais ma curiosité était éveillée et j'ai voulu en savoir plus.

Collant et possessif mais jamais parasite

C'est vrai qu'il est doué pour l'attachement, ce lierre : il émet le long de ses tiges des racines modifiées couvertes de poils qui s'insinuent dans la moindre anfractuosité et y restent coincés.

Le lierre se fixe à la plupart des supports...sauf le verre ! (Ici sur une pierre)

Le lierre se fixe à la plupart des supports...sauf le verre ! (Ici sur une pierre)

Mais ce n'est pas tout : ces crampons sécrètent une colle très puissante. Une des plus fortes de la nature. Les scientifiques s'y intéressent beaucoup. Ils pourraient, par exemple, s'en inspirer pour fabriquer des bio-colles permettant de faire adhérer des cellules entre elles. Pour nous recoller, en somme !

Si les crampons collent à l'écorce, ils ne pénètrent jamais à l'intérieur de l'arbre. Le lierre tire ses ressources de ses racines souterraines et n'affaiblit donc pas son support comme le ferait le gui, par exemple.

Si les crampons collent à l'écorce, ils ne pénètrent jamais à l'intérieur de l'arbre. Le lierre tire ses ressources de ses racines souterraines et n'affaiblit donc pas son support comme le ferait le gui, par exemple.

"Je meurs où je m'attache"

Le lierre est un symbole de fidélité : une fois fixé à un arbre, il ne peut plus s'en détacher et "aller voir ailleurs". Si l'arbre meurt et tombe, le lierre, même s'il lui survit, tombe avec son support et lui reste éternellement attaché. Quel beau symbole pour les amoureux, toujours un peu anxieux niveau fidélité.

Le lierre, l'amant des arbresLe lierre, l'amant des arbres
En voyant ces embrassements passionnés, on comprend mieux pourquoi le lierre est le symbole de la fidélité... enfin, il y aurait beaucoup de choses à dire, là-dessus !En voyant ces embrassements passionnés, on comprend mieux pourquoi le lierre est le symbole de la fidélité... enfin, il y aurait beaucoup de choses à dire, là-dessus !

En voyant ces embrassements passionnés, on comprend mieux pourquoi le lierre est le symbole de la fidélité... enfin, il y aurait beaucoup de choses à dire, là-dessus !

Les trois âges de la vie du lierre

Après avoir germé, le lierre commence par ramper sur le sol. A intervalles plus ou moins réguliers, ses tiges émettent de petites racines : autant de marcottes spontanées qu'il suffit de prélever et de repiquer pour avoir un lierre supplémentaire.

En s'étendant dans tous les sens, le lierre peut envahir un parterre. Mais il peut aussi avoir beaucoup de charme comme dans ce petit coin sous les arbres, aménagé il y a quatre ans mais qui a l'air, grâce à lui, d'avoir toujours été là.En s'étendant dans tous les sens, le lierre peut envahir un parterre. Mais il peut aussi avoir beaucoup de charme comme dans ce petit coin sous les arbres, aménagé il y a quatre ans mais qui a l'air, grâce à lui, d'avoir toujours été là.

En s'étendant dans tous les sens, le lierre peut envahir un parterre. Mais il peut aussi avoir beaucoup de charme comme dans ce petit coin sous les arbres, aménagé il y a quatre ans mais qui a l'air, grâce à lui, d'avoir toujours été là.

Quand il arrive au pied d'un support, mur ou arbre, le lierre commence à grimper, grimper, grimper... toujours vers le haut et non en spirale comme le ferait un chèvrefeuille. Même s'il forme une sorte de manchon de tiges parallèles autour du tronc, il n'empêche pas celui-ci de grossir. Le lierre n'est pas un amoureux étouffant.

Le lierre, l'amant des arbres

Et puis un été, alors qu'il est déjà âgé de 10 ans au moins, le lierre devient adulte (Peut-être moins, finalement, voyez le commentaire de Catherine ci-dessous). Lui qui poussait obstinément à la verticale sur le tronc, se met à développer des branches horizontales. En automne : nouvelle étape. Ces jeunes rameaux se couvrent de fleurs. C'est très particulier pour une plante indigène : les autres ont déjà quasiment terminé leur cycle, elles meurent ou se préparent à passer l'hiver.

Les branches fertiles, couvertes de fleurs, s'éloignent du tronc.

Les branches fertiles, couvertes de fleurs, s'éloignent du tronc.

Une double personnalité

C'est assez frappant : les feuilles des tiges stériles qui grimpent sont différentes des feuilles des tiges fertiles. Allez, les deux photos suivantes rendront cela plus clair :

A gauche une branche stérile, accrochée au tronc. A droite , une branche fertile et son bouquet de fleurs, perpendiculaire au tronc. La différence entre les feuilles est flagrande.A gauche une branche stérile, accrochée au tronc. A droite , une branche fertile et son bouquet de fleurs, perpendiculaire au tronc. La différence entre les feuilles est flagrande.

A gauche une branche stérile, accrochée au tronc. A droite , une branche fertile et son bouquet de fleurs, perpendiculaire au tronc. La différence entre les feuilles est flagrande.

Les branches fertiles sont bien plus différentes des branches stériles qu'il n'y parait : non seulement leurs feuilles sont de forme ovales, mais elles ont besoin de beaucoup plus de lumière

Autre particularité : elles n'ont pas de crampons. Minces comme elles sont, si elles s'éloignaient trop de leur support, elles s'effondreraient. Le lierre reste donc cantonné autour du tronc et est incapable de s'étendre le long des branches latérales. C'est une bonne chose, puisque les aiguilles (ou les feuilles), non recouvertes, peuvent continuer à faire la photosynthèse et assurer le développement de l'arbre. C'est toutefois plus problématique pour les tout jeunes arbres sur lesquels on conseille de ne pas laisser grimper le lierre.

Les branches horizontales, en s'éloignant un peu du centre de l'arbre,  reçoivent plus de lumière que celles qui montent sur le tronc

Les branches horizontales, en s'éloignant un peu du centre de l'arbre, reçoivent plus de lumière que celles qui montent sur le tronc

Et quand l'arbre est très très vieux ?

Je pense que tous ces arguments sont convaincants : le lierre n'étouffe pas les arbres... en bonne santé. Mais que se passe-t-il si ceux-ci sont affaiblis ?

Un arbre en bonne santé pousse plus vite que le lierre : celui-ci n'atteint pas la cime. Mais, à la fin de sa vie, ou lorsque son environnement change et ne lui convient plus, l'arbre pousse moins vite et... est rattrapé par le lierre. C'est pourquoi on a l'impression qu'il l'a tué. Mais non : le lierre ne recouvre complètement que les arbres affaiblis ou mourants.

Sur notre vieux pin, le lierre pourtant très vigoureux, s'arrête toujours à quelques mètres de la cime.

Sur notre vieux pin, le lierre pourtant très vigoureux, s'arrête toujours à quelques mètres de la cime.

Mon vieux pin est-il vraiment mourant ?

Je sais qu'il est vieux, mais les pins (je pense qu'il s'agit d'un pin noir d'Autriche) peuvent vivre très longtemps. Celui-ci, malgré son air décrépit, est toujours vigoureux : il bourgeonne vaillamment au printemps et produit quantité de petits cônes. De plus, la chute des branches basses est un phénomène naturel chez les pins qui, dans la nature présentent souvent un aspect un peu dénudé du tronc. Quoi qu'il en soit, tant qu'il ne représente pas un danger, cet arbre restera là, et son lierre avec lui.

Il y a encore beaucoup à dire sur le lierre : non seulement il n'est PAS mauvais pour les arbres, mais il aurait même un effet bénéfique. Il est décoratif et de nombreuses légendes s'y rattachent. Vous me voyez venir... j'en reparlerai !

En attendant, bonne soirée... il fait a fait beau aujourd'hui !

Sources

Un très bel article, avec de nombreuses illustrations, publié dans la revue des Naturalistes de Belgique

1.http://www.cercles-naturalistes.be/Publications/Publicationstelechargeables/2015/Erable4-2015Jeunes.pdf

Un article complet sur le lierre (en anglais)

2.METCALFE, D. J. (2005), Hedera helix L.. Journal of Ecology, 93: 632–648. doi:10.1111/j.1365-2745.2005.01021.x

Sur les propriétés de la colle sécrétée par le lierre

https://www.zoom-nature.fr/les-armes-secretes-du-lierre-pour-se-cramponner/

https://actualite.housseniawriting.com/science/2016/05/24/le-mystere-de-la-colle-ultra-forte-du-lierre-grimpant/15807/

Le lien vers l'étude relatée dans les deux articles précédents (en anglais et très technique lais avec des illustrations intéressantes)

http://www.pnas.org/content/113/23/E3193.full

Publié dans Plantes sauvages

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Commenter cet article

Babeth 24/09/2017 10:07

Merci Annick, moi qui croyais que c' était deux espèces différentes, alors qu' il s' agissait de branches fertiles ou stériles, bien bel article! Bon dimanche.

Agnès - Esprit Laïta 22/09/2017 09:56

Un bel article bien documenté. Comme toujours! Je regarderai le lierre de mon jardin différemment et je vais essayer de lui trouver une place , je crois déjà savoir où. merci et bonne journée.

Annick Boidron 23/09/2017 11:15

Beaucoup de succès avec ton lierre ! (PS en général, il aime l'ombre)

mariejoclaude 22/09/2017 09:53

bel réhabilitation du lierre qui injustement est traité comme un parasite , en plus de ne pas nuire à l'environnement il est bénéfique , médicinale et bon pour le jardin en décoction !!!
bonne journée

mariejoclaude 23/09/2017 21:55

En effet le lierre en infusion , décoction ou purin est un bon répulsif ou insecticide selon la dose contre les acariens , aleurodes et pucerons !!!

Annick Boidron 23/09/2017 11:15

Oh oui, il en a des qualités ! Je n'ai jamais entendu parler de décoction de lierre pour le jardin, elle sert à quoi ?

nonette 22/09/2017 08:34

Merci pour cet article , j'adore le lierre !! hélas mon voisin le déteste . grace au lierre nous avons beaucoup de phasmes dans notre jardin, car c'est leur habitat favori. c'est également un garde manger pour les mésanges qui y trouvent grands nombres d'araignées, moustiques,etc.. le lierre est une plante magnifique et généreuse, ses fleurs sentent merveilleusement bon et attirent les butineurs qui s'en régalent. une plante à protéger et à découvrir. Merci Annick pour ce bel article, Bon week end

Annick Boidron 23/09/2017 11:19

des phasmes ! Je n'en ai jamais vu ici, je pense qu'ils ne supporteraient pas les hivers. On pourrait passer des heures à observer tout ce qui vit dans un lierre, c'est vraiment, comme tu le fais remarquer, un habitat précieux. Pourtant, il y a encore beaucoup de gens qui l'arrachent car ils le croient néfaste ! Bien le bonjour à ton voisin... et bon week-end

Sylvaine 22/09/2017 08:11

Un magnifique plaidoyer sur le lierre :) Je viens d'en arracher dans un massif qu'il avait tout recouvert en quelques années mais nous le laissons grimper sur les murs et fructifier pour le bonheur des butineurs et des papillons.
Ses fleurs sont très mellifères et ses baies noires nourrissent les oiseaux en fin d'hiver.
Bonne journée

Annick Boidron 23/09/2017 11:21

Chez nous aussi, il se ressème tellement partout que nous sommes bien obligés d'en enlever. Pour le moment, ceux qui sont en fleurs sont remplis d'insectes et... d'oiseaux insectivores qui en profitent ! Un tout bon week-end