Maintenant je sais : le maïs noir du Pérou (morado) a une photopériode

Publié le par Annick Boidron

Je ne ferai pas encore de "chicha morada" cette année

UNe cruche de chicha morada

Je rêve depuis deux ans de récolter des épis de maïs noir du Pérou. C'est une variété mythique qui permet de préparer une boisson péruvienne typique : la chicha morada. Et moi, j'aime la chicha morada.

MAïs morado normal à gauche et le mien à droite

Malheureusement, une première tentative dans la serre l'année passée ne m'a permis de récolter qu'un seul épi mûr mais déformé. C'est celui de gauche, sur la photo.

Alors cette année, j'ai fait un essai à l'extérieur, selon le principe des "trois sœurs".
Les liens vers les articles sur le sujet sont en bas de la page.

Bon, autant vous montrer ça tout de suite : voilà ma récolte de maïs récolte de cette année.

Un seul épi, et pas mûr en plus ! Ce n'est pas glorieux.

Un seul épi, et pas mûr en plus ! Ce n'est pas glorieux.

Oui, je sais, ça fait pitié ! C'est même relativement décourageant. J'aurais dû le comprendre plus tôt mais il semble qu'en jardinage aussi, on ne voie que ce qu'on veut bien voir. Pour tout vous dire, le maïs noir est sensible à la photopériode (en gros : à la longueur du jour).

Pour ceux et celles qui n'auraient jamais entendu parler de photopériodisme, j'ai expliqué ça dans l'article dont le lien est ci-dessous. En résumé : la longueur du jour (ou de la nuit) induit certains phénomènes chez une plante : la chute des feuilles, la floraison, etc... Chez les ocas, par exemple, la formation des tubercules commence quand les journées durent moins de 12 heures, c'est à dire en automne.

Les maïs aussi ont une photopériode...mais pas tous

Les maïs cultivés chez nous depuis le 17e siècle ont perdu ce caractère photopériodique hérité de leurs lointains ancêtres Sud-américains. Leur culture en est grandement facilitée dans nos pays où l'arrivée des jours courts annoncent les premiers gels.

Mais il se trouve que les maïs "d'origine" ont conservé cette caractéristique. Ils sont toujours cultivés dans les régions tropicales où cela ne pose pas de problème. Je le savais ! Pourquoi n'ai-je pas pensé que c'était aussi le cas du maïs morado qui vient du Pérou ?

Il se peut aussi que la variété soit à jours courts (commence à fleurir l'automne)

Une petite phrase que je n'avais pas remarquée dans la description du maïs morado sur le site de Solana Seeds

maïs morado utilisé comme rame à haricots

Pourtant, tout avait bien commencé : mes maïs poussaient, poussaient... jusqu'à atteindre une hauteur de 4 mètres ! Parfaits comme rames à haricots, il faut bien le reconnaître. De ce côté là, ils ont parfaitement rempli leur rôle.

En fin de croissance, les  hampes atteignaient 4 mètres de haut !

En fin de croissance, les hampes atteignaient 4 mètres de haut !

Et puis au mois d'août, des étamines ont commencé à apparaître : chouette ! Ce sont les petits toupets en haut des tiges.

Maintenant je sais : le maïs noir du Pérou (morado) a une photopériode

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'inquiéter : alors que les maïs dans les champs commençaient à arborer des beaux épis de plus en plus rebondis, sur les miens, on ne voyait rien de rien !

Début octobre, il n'y avait déjà plus de pollen dans les étamines et certains plants de maïs avaient mal résisté au vent : j'ai dû les couper !Début octobre, il n'y avait déjà plus de pollen dans les étamines et certains plants de maïs avaient mal résisté au vent : j'ai dû les couper !

Début octobre, il n'y avait déjà plus de pollen dans les étamines et certains plants de maïs avaient mal résisté au vent : j'ai dû les couper !

Et puis un jour, un voisin, ingénieur agronome, a fait cette réflexion : "Est-ce qu'ils n'auraient pas une photopériode ? ". Ça a quand même fini par faire tilt dans mon cerveau !

Voilà, c'était ça ! Du coup je me suis rappelée que, l'année dernière, seul le maïs situé le plus à l'ombre avait fructifié dans la serre. Et cette année, le seul épi un peu développé a poussé sur le pied situé le plus au Nord. C'est à dire à l'ombre des autres ! S'il est besoin de préciser, à l'ombre on reçoit moins de lumière, n'est-ce pas ?

Les premiers épis ne sont apparus que début octobre. A partir de ce moment, ils ont grossi très vite... mais pas assez !Les premiers épis ne sont apparus que début octobre. A partir de ce moment, ils ont grossi très vite... mais pas assez !

Les premiers épis ne sont apparus que début octobre. A partir de ce moment, ils ont grossi très vite... mais pas assez !

En ce mois de novembre, même la jardinière les plus optimiste ne peut plus croire que ses épis de maïs grossiront encore. Mais j'espérais quand même récolter au moins quelques grains mûrs... Même pas !

Mi-novembre, les quelques maïs qui n'ont pas été renversés par les orages ont fini leur vie : la "récolte" peut commencer. Oui, enfin, pas terrible, la récolte !Mi-novembre, les quelques maïs qui n'ont pas été renversés par les orages ont fini leur vie : la "récolte" peut commencer. Oui, enfin, pas terrible, la récolte !

Mi-novembre, les quelques maïs qui n'ont pas été renversés par les orages ont fini leur vie : la "récolte" peut commencer. Oui, enfin, pas terrible, la récolte !

Et donc, l'année prochaine....

QUOI ? Après tout ça, elle n'abandonne pas encore ! Hé, c'est que je suis têtue, moi. Et puis je ne risque pas ma vie en faisant un troisième essai. Donc, disais-je, l'année prochaine je les planterai à l'ombre ! Je sais que mes chances de succès sont ténues mais après tout, pourquoi pas ? J'ai remarqué que les capucines tubéreuses (qui tubérisent aussi en jours courts), produisaient plus quand elles poussaient dans la partie du potager qui est à l'ombre. Est-ce dû à l'humidité plus élevée où à la luminosité plus faible ? je n'en sais rien.

Le plant de capucine tubéreuse qui pousse à l'ombre de la haie a donné une très belle récolte de gros tubercules.Le plant de capucine tubéreuse qui pousse à l'ombre de la haie a donné une très belle récolte de gros tubercules.

Le plant de capucine tubéreuse qui pousse à l'ombre de la haie a donné une très belle récolte de gros tubercules.

Il y a quand même un hic !

Chez le maïs "morado", ce ne sont pas seulement les épis qui contiennent des anthocyanes (le pigment violet si recherché) mais l'ensemble de la plante et notamment la pulpe des tiges. Seulement, je me suis rendu compte que les plants situés le plus à l'ombre en étaient presque dépourvus. Une exposition au soleil serait-elle indispensable à la synthèse de ce colorant ? Dans ce cas, ils n'en produiront pas à l'ombre !

A gauche, tige au soleil, à droite, tige à l'ombre !A gauche, tige au soleil, à droite, tige à l'ombre !

A gauche, tige au soleil, à droite, tige à l'ombre !

Qui a déjà essayé ?

Peut-être certains d'entre vous ont-ils réussi cette culture en Belgique ou dans le Nord de la France ? Si c'est le cas, vous imaginez à quel point j'aimerais recevoir vos conseils.

Je n'ai malheureusement trouvé qu'une seule publication sur le sujet qui m'intéresse : il s'agit d'un  essai réalisé en République tchèque. En 2014, des chercheurs de la faculté d'agronomie de Brno ont testé la possibilité d'acclimater le maïs morado (et certaines variétés de quinoa) dans cette région. Les variations de la longueur du jour et le climat y sont assez semblables aux nôtres.

Les auteurs affirment que le maïs testé et le quinoa peuvent être cultivés en république Tchèque. Moi je veux bien mais les résultats publiés s'arrêtent à la production des étamines (un peu en retard par rapport au Pérou). Ensuite, mystère et boule de gomme : l'article ne donne aucune indication sur une éventuelle récolte d'épis. (Les références sont ci-dessous, si vous comprenez autre chose, dites-le moi !)

Pour être complète : un petit mot sur la reproduction du maïs

Etamines de maïs

Chez le maïs, chaque plant porte les organes des deux sexes mais à des endroits différents :

Les étamines sont sur des plumeaux au sommet. Quand le vent secoue le plant, le pollen s'échappe et s'envole.

mais partie femelle

Plus bas sur la tige, apparaissent des cônes qui contiennent les fleurs. Celles-ci sont toutes petites mais on un style très long. Ce sont les filaments qui émergent du cône : chaque filament correspond à une fleur et, si tout va bien, à un futur grain de maïs.

Quand un grain de pollen tombe sur un style, il peut féconder la fleur.

On peut se dire que le grain de pollen est bien chanceux de tomber justement sur le style. C'est vrai, mais il y en a tellement (plusieurs millions par plante), que la probabilité est, finalement, assez élevée.

Allez, c'est fini, on ne pense plus au maïs morado... jusuq'à l'année prochaine.

A bientôt et encore toutes mes excuses pour l'erreur de ce matin.

L'article sur l'adaptation du Maïs morado en République tchèque:

Leiter Granda, Amparo Rosero, Deisy Rosero, Guillermo Corredor, Blanka Kocourkova, Radim Cerkal, Studying the Adaptability of Zea mays ssp. Peruvian Morado and Chenopodium quinoa Willd. to Temperate Conditions for European Agricultural Diversification, MENDEL N°2014 consulté en ligne le 20 novembre 2017. URL : https://mnet.mendelu.cz/mendelnet2014/articles/50_granda_cruz_1033.pdf

Et pour ceux que ça intéresse, voici un article très bien fait sur la reproduction du maïs

Et puis les autres articles que j'ai consacrés à mes expériences peu concluantes (pour le moment...) avec le maïs morado

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Pascal 28/08/2019 21:48

A propos de votre maïs noir peut peut-être pourriez vous consulter Jean Beigbeder via le site de l'association pro-maïs (voir lesite du même nom) qui a écrit deux articles fort intéressants dans la revue Hommes et Plantes N* 106 dont un sur le maïs bleu des Hopis .
J'ai découvert votre blog il y a quelques jours et je l'apprécie déjà énormément.

Cultivos 25/04/2019 19:44

Super article très bien fait !!! On attend des nouvelles pour 2019 :D

Mistico 22/03/2018 05:54

Pourquoi ne pas le faire pousser en armoire ? De cette façon tu pourras facilement reproduire les conditions climatiques du pays d'origine. Tu as besoin de :
- 2 lampes horticoles, 1 pour la croissance et 1 pour la floraison (parce que la lumière du soleil change en fonction de la saison).
- 1 petit ventilateur pour simuler le vent.
- 1 extracteur d'air pour évacuer l'air chaud.
- 2 prises programmateurs, 1 pour la durée jour/nuit et 1 pour simuler des périodes de vent.

Une fois ton installation prête, il te suffit d'aroser et d'ajuster la durée jour/nuit en fonction de la saison à simuler. Idem pour la floraison (ne pas oublier de changer la lampe quand tu entres en période de floraison).

P.s.: pour une meilleure gestion, tu peux aussi surveiller le taux d'humidité. Si l'air est trop sec, un simple vaporisateur (comme ceux des produits pour nettoyer des vitres par exemple) rempli d'eau suffit. Si l'air est trop humide, il suffit de régler l'extracteur d'air.

Mistico 23/03/2018 12:32

En effet, 4 mètres de haut ça fait beaucoup. Je pensais que les pieds fairaient maximum 2m, 2.5m. De ce fait, une petite pièce aurait pu servir d'armoire. Malheureusement, chez moi c'est tout petit et je n'ai pas la place de faire pousser une plante aussi grande mais je te remercie pour ta proposition.

Annick Boidron 22/03/2018 09:23

Bonjour Mistico,
Il va falloir une sacrée grande armoire, alors ! Ces pieds de maïs atteignent 4 m de haut ! ça commence à devenir compliqué. Mais si tu veux essayer, je peux t'envoyer quelques graines. Merci beaucoup pour le conseil : ce matériel et ces techniques peuvent aussi être utiles à d'autres cultures. Bonne journée

nonette 24/11/2017 14:33

passionnant !! vraiment . et dis donc photopériode c'est bon ça en scrabble... et pour les mots croisés !! et quoi ? tu as un voisin ingénieur agronome ? waou, c'est cool ça ..merci merci , j'ai encore appris en te lisant . Bonne journée , a bientot,

Annick Boidron 26/11/2017 16:48

Moque-toi ! Un voisin ingénieur agronome c'est parfois très pratique...d'autant plus que sa femme s'y connais super-bien en plantes, elle aussi. Bonne soirée

Le Jardin de Darius 22/11/2017 10:55

Je me suis régalée à la lecture de tes articles et en visitant virtuellement ton beau jardin.
Je suis davantage intéressée par les fleurs que par le potager mais, même si je ne le mets pas en œuvre dans mon jardin, la théorie m'intéresse toujours.
J'ajoute ton blog dans mes favoris pour pouvoir te suivre.
Aude.

Annick Boidron 26/11/2017 17:18

IL y a des légumes qui font des fleurs splendides... je dis ça et je ne dis rien ! Merci de me suivre. Moi aussi, je me régale de tes articles pétillants du jardin de Darius.

Capucyne 22/11/2017 08:41

Tu es persévérante, ça va marcher !

Annick Boidron 26/11/2017 17:20

Persévérante, têtue, obstinée... c'est une affaire de point de vue ! Mais pourquoi abandonner quand on n'a pas tout essayé ? Merci pour tes encouragements.

Agnès 21/11/2017 09:54

Je ne connais pas ce maïs; Pour le moment j'en suis encore à essayer de faire pousser du maïs standard; Bravo pour ta persévérance et merci de partager toutes tes expériences.

Annick Boidron 26/11/2017 17:20

En fait, je ne suis pas trop fan de maïs. Mais il y en a de si beaux !

mariejoclaude 20/11/2017 21:50

C'est pas toujours facile d’acclimater les plantes étrangères et de plus s'il fructifie en jours courts , moi j'ai fait l'inverse avec du maïs d'ici en le semant trop tard !!!
bonne soirée

Annick Boidron 26/11/2017 17:22

Oui, c'est un peu désespéré. Mais bon, si nos ancêtres n'avaient pas été un peu têtus, nous ne mangerions pas de pommes de terres à l'heure qu'il est. Bonne soirée et bonne semaine.

catherine 20/11/2017 19:34

on apprend aussi de ses erreurs, n'est ce pas?
mais je ne serais jamais aussi patiente que toi, tu m'impressionnes! ton envie de chicha morada doit être bien forte? ha ha! :-P
bonne soirée Annick, bises

Annick Boidron 26/11/2017 17:24

Oui, elle est bien forte, effectivement. Note qu'on peut facilement acheter du mais morada pour en faire... mis ce ne serait pas pareil ! On a ses petites lubies, que veux-tu ! Bon, ça ne fait de mal à personne. Bisous