Tomates : la grande peur de l'hybridation

Publié le par Annick Boidron

Les premières fleurs commencent à apparaitre sur les plants de tomates et, déjà, j'attends fébrilement les premiers fruits. Comme j'ai semé les graines récoltées l'année passée ou celles que l'on m'a données, il existe une (faible) chance pour que les fruits en question soient différents de ceux que j'attends. Il peut y avoir à cela plusieurs causes. L'une d'elles est l'hybridation.

Les premières fleurs de tomates

Les premières fleurs de tomates

Une graine et le plant auquel elle donne naissance sont des hybrides quand ils sont issus de la fécondation d'une variété par du pollen d'une autre variété.

Et quoi, ça ne se fait pas ?

Pas chez les tomates, en tout cas. Ces plantes ont une particularité que certains leur envient : elles se fécondent elles-mêmes. Cela tient à la conformation de leurs fleurs :

Les étamines sont soudées et forment une sorte de tube au centre de la fleur

Les étamines sont soudées et forment une sorte de tube au centre de la fleur

Le pistil s'allonge à l'intérieur de ce tube

Le pistil s'allonge à l'intérieur de ce tube

Les grains de pollen produits par les étamines s'échappent à l'intérieur du tube et tombent sur l'extrémité du pistil (stigmate). C'est ainsi que la fleur se féconde elle-même. S'il s'agit d'une tomate de "variété fixée", c'est à dire la majorité des tomates que nous cultivons à l'exception de celles que l'on appelle "F1", les graines issues de cette fécondation donneront des tomates semblables à leur parent.

Quand le stigmate émerge enfin de l'extrémité du tube formé par les étamines, c'est trop tard. La fleur n'est plus fécondable : l'hybridation n'est pas possible.

C'est plutôt pratique : cette caractéristique permet de conserver les variétés d'une génération à l'autre.

Tomates : la grande peur de l'hybridation

Mais parfois, ça ne se passe pas comme ça

Parfois, la fleur est mal formée : il y a des trous entre les étamines. Quelques grains de pollen "étrangers", transportés par un bourdon pourraient s'y infiltrer... ou s'échapper vers un pistil d'une autre variété. Il arrive aussi, surtout s'il fait chaud et humide, que le style grandisse à toute vitesse et émerge des étamines alors que la fleur est encore fécondable. C'est souvent le cas dans les pays tropicaux. Certaines variétés auraient aussi tendance à avoir un style à croissance rapide. Comme j'aimerais en posséder la liste !

Bien que le risque d'hybridation reste faible, il vaudrait mieux éviter de récolter les graines issues de cette fleur.

Bien que le risque d'hybridation reste faible, il vaudrait mieux éviter de récolter les graines issues de cette fleur.

Ça arrive souvent ?

Chez moi, à part une variation de couleur chez la tomate "cœur de bœuf", je n'ai jamais rien observé de la sorte. Je récolte mes graines, parfois depuis des années pour certaines variétés, et je n'ai jamais eu de surprise. Pourtant, je cultive des tomates "bleues" souvent accusées d'avoir l'hybridation facile.

Mais il faut savoir qu'une hybridation n'est pas forcément facile à déceler : tout dépend des gènes qui sont impliqués.

Selon la plupart des sources, on estime le plus souvent le taux de fécondation croisée entre 2 et 5 %, ce qui me parait déjà beaucoup. Certains  (plus paranos?) vont jusqu'à 50%. Je précise que je n'ai pas trouvé d'études scientifiques à ce sujet.

J'ai acheté cette tomate sous le nom de  "cœur de bœuf rose". Elle s'est avérée être jaune. Et puis l'année passée, ses graines ont donné des fruits rouges... Hybridation ou pas ?

J'ai acheté cette tomate sous le nom de "cœur de bœuf rose". Elle s'est avérée être jaune. Et puis l'année passée, ses graines ont donné des fruits rouges... Hybridation ou pas ?

Mais quel est le problème ?

  • Si vous ne récoltez pas vos graines, il n'y a pas de problème : une hybridation éventuelle n'influence ni le goût, ni l'aspect du fruit.
  • Si vous récoltez vos graines pour les semer l'année suivante, il n'y en a pas vraiment non plus : tout ce que vous risquez, c'est d'obtenir des tomates "surprises". Ce sont en fait des hybrides F1 et ça peut être sympa. Mais si vous récoltez les graines de ces fruits et que vous les semez l'année suivante, vous obtiendrez encore quelque chose de différent (on apprend ça à l'école).
  • Mais sans doute participez-vous à des échanges de graines, où souhaitez-vous conserver vos variétés "pures" ? Dans ces cas-là, l'hybridation peut devenir un problème. Nos ancêtres et, plus près de nous, les obtenteurs de nouvelles variétés, ont passé des années à les créer puis à les "fixer". Elles sont décrites officiellement (un peu comme les pédigrées pour les chiens). Échanger, sous le nom d'une variété donnée, des graines hybridées, c'est un peu comme faire passer un zineke pour un chien de race.

Alors, que faire ?

D'abord, se rappeler qu'il y a des choses plus graves et ne pas en arriver à des échanges d'insultes (ça se voit!) ou à des mesures extrêmes, comme ce monsieur :

J'observe, TOUS LES ANS, les butineurs aller de ci de là, de fleurs en fleurs, sur mes divers plants de tomates! si dans ce cas il n'y a pas de risque d'hybridation, je veux bien m'en faire couper une !!!!!

Forum "aujardin.com"

Une solution toute simple

On peut utiliser des petits sachets en organza. Ils coûtent trois fois rien, on les trouve facilement (par exemple sur Amazon) et ils peuvent servir plusieurs fois. On peut même choisir la taille et la couleur. Très pratiques à utiliser, il suffit de les poser sur les bouquets de fleurs et de serrer les rubans pour les fermer. 

Ces petits sachets d'organza très pratiques me servent, pour le moment, à protéger les fleurs de mes kales de l'hybridation avec d'autres crucifères.Ces petits sachets d'organza très pratiques me servent, pour le moment, à protéger les fleurs de mes kales de l'hybridation avec d'autres crucifères.

Ces petits sachets d'organza très pratiques me servent, pour le moment, à protéger les fleurs de mes kales de l'hybridation avec d'autres crucifères.

N'oubliez pas de les faire vibrer

Chez les tomates, ce sont les vibrations produites par les bourdons et le vent qui provoquent la libération du pollen dans le tube formé par les étamines. Mais en serre, ou si les fleurs sont enfermées dans un sachet d'organza, vous devrez "faire l'insecte". Cela se réalise soit en secouant (délicatement) le plant à la main, soit à l'aide d'une brosse à dents électrique. Tout cela est très bien expliqué ci-dessous :

Quelques précisions

Je ne suis pas spécialiste des tomates, ni même passionnée de tomates... mais j'aime beaucoup les tomates et, surtout, j'aime comprendre ! Comme cette année, j'ai reçu des graines de tomates "un peu spéciales", je n'ai pas envie de gâcher le travail de ceux qui me les ont envoyées. C'est pourquoi je me suis bien renseignée sur la question. Même si le risque d'hybridation spontanée est très faible, cette année pour la première fois, je vais produire mes graines en utilisant les petits sachets d'organza.

Cet article ne répond pas à toutes les questions : je n'ai pas parlé de gènes, de dominance et de récessivité, de la façon dont les nouvelles variétés sont créées et "fixées", de variétés OP ou F1, etc... Mais ça viendra.

En attendant, promis, on va aller faire un tour du côté des fleurs...

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Marcelle 11/06/2020 15:28

Merci pour ces précisions, dommage qu'il n'y ait pas (encore?) d'études plus poussées sur la questoin. Par contre c'est très curieux de promouvoir des idées écologiques et à contre-pied des géants semanciers tout en conseillant d'acheter sur Amazon, et donc enrichir l'homme le plus riche de la planète dont l'entreprise est un désastre en tout point.

Annick Boidron 11/06/2020 17:26

J'avoue que ce n'est pas très cohérent. Vous aurez remarqué que je cite "Amazon" comme exemple pour expliquer qu'on trouve facilement ce genre de sachet. Maintenant, si vous avez une autre adresse... Notez qu'il serait encore plus cohérent de les fabriquer soi-même, ce petits sachets, car vu le prix auquel on les vend, j'imagine qu'ils ne sont pas fabriqués dans des conditions éthiques.

Elise 28/06/2018 15:23

Excellent l'idée des sachets en organza !

eveliotis 24/05/2018 23:34

Super article Annick ! En effet les hybridations naturelles chez les tomates, c'est pas légion et n tant que collectionneur je suis passé de l'horreur compulsive parano à la mesure jardinesque ;) Jamais je n'ai eu d'hybridation sur mes 1200 variétés même bleues soient elles. Par contre, plus grave que l'hybridation naturelle c'est l'hybridation que j'appelle "humaine"!!! Partisan féru des échanges, force est de constater que nous n'avons pas tous la même approche du jardinage. Du coup, je reçois des graines avec un nom erroné ou simplement une faute d'orthographe et du coup, voilà une nouvelle variété créée et diffusée à souhait. J'ai un problème avec cela .... on s'évertue à défendre des variétés anciennes (hors catalogue) et finalement on fout rapidement le bord... disons le bazar. Cela ne touche pas le quidam jardinier qui apprécie sa variété auquel il reste fidèle mais cela dénature aussi des variétés réputées et fixées qui au fil du temps se perdront dans les méandres de la biodiversité. Vaste dilemne ?! Un point non abordé lorsque l'on parle de la liberté d'échange de semences : nous ne perdrons pas en biodiversité - loin de là - mais nous perdrons rapidement des variétés anciennes fixées ? Bref, tout cela pour dire que j'encourage chacun à faire ses semences et les cultiver mais à respecter ces péthodes de protection dans le cas d'échanges

Annick Boidron 26/05/2018 11:08

C'est la voix de la sagesse qui parle. Je suis aussi étonnée du nombre de tomates très semblables qui existent (je pense par exemple aux grosses tomates rouges). Je me demande si elles n'ont pas été baptisées plusieurs fois... d'ailleurs sur les sites comme pomodoro, la plupart des tomates ont des alias. Sans doute qu'un jour, une analyse ADN pourra répondre à ces questions. Bonne journée Eveliotis

catherine 24/05/2018 12:56

je sème tous les ans depuis des années les graines récoltées l'année précédente sur mes propres pieds de tomates, et je n'ai jamais eu de souci, j'ai toujours la même variété (je sème environ 15 variétés, 30 pieds cette année)
je en pense pas utiliser les petits sachets que tu présentes..en fait je récolte les graines des tomates semblables au type..mais c'est une bonne idée..je rajoute que la première tomate d'un pied est souvent difforme, l'as tu remarqué?
ici tes ditmascher sont belles et pleines de fleurs..
par contre, sur les courges gros problèmes d'hybridation mais c'est bien connu;donc je rachète chaque année des graines bio achetées à la ferme st Marthe, ou d'autres sites de ce genre..peut être en parleras tu un jour?
bises Annick bonne journée

Annick Boidron 24/05/2018 13:51

Bonjour Catherine,

Je pense que beaucoup s'inquiètent inutilement avec cette histoire d'hybridation mais bon, on ne sait jamais...