Le légume du dimanche : la laitue Saint Antoine

Publié le par Annick Boidron

Quand j'écris des articles sur le potager, comme celui d'hier, c'est toujours pour moi une grande frustration car j'ai envie de vous montrer tout. J'essaye toutefois de me contrôler... mais j'ai du mal. Alors, en guise de thérapie, je me propose de vous parler chaque dimanche d'un légume ou d'une plante comestible de mon choix (ou du vôtre, pourquoi pas ?).

Pour lancer la série, je vais commencer par un légume a-priori banal : la laitue dont j'ai semé les graines aujourd'hui. Mais attention, ce n'est pas n'importe quelle laitue : c'est la "Saint-Antoine".

A gauche, dans la bassine, mon semis de l'automne dernier.

A gauche, dans la bassine, mon semis de l'automne dernier.

Un légume on ne peut plus régional

Aujourd'hui, bien qu'elle ne soit pas au catalogue officiel, les graines de cette laitue se trouvent facilement (voir adresses en fin d'article). Mais quand j'ai commencé à en semer, personne ne la connaissait... sauf dans les Ardennes où habite ma belle-mère Lucette qui m'a procuré les première graines, merci à elle.

Mais elle acquiert tout doucement une certaine célébrité puisqu'elle fait même la couverture du très beau livre de Lise Besème et Alain Huon " Légumes anciens des potagers de la Champagne-Ardenne" dans lequel un long article lui est consacré.

Un beau livre paru aux éditions Dominique Guéniot.Un beau livre paru aux éditions Dominique Guéniot.

Un beau livre paru aux éditions Dominique Guéniot.

Une salade d'hiver... et de printemps

Nos ancêtres n'étaient pas du genre à se casser la tête pour donner des noms aux variétés. Celle-ci s'appelle "Saint Antoine" parce qu'on la semait traditionnellement à la Saint Antoine. Ne vous précipitez pas sur le calendrier ! Il ne s'agit pas ici de Saint Antoine de padoue (fêté le 13 juin) mais bien d'un autre Saint Antoine, aujourd'hui disparu des calendriers. On le fêtait autrefois le 17 janvier ! Eh oui, ça change tout.

Cela dit, il ne faut pas être à cheval sur les dates : tant qu'il ne fait pas trop chaud, ça va ! Saint Antoine reste stoïque sous la neige et le gel : on peut en manger presque tout l'hiver.

Oui, ça, c'est au printemps : je n'ai pas retrouvé les photos prises en hiver !

Oui, ça, c'est au printemps : je n'ai pas retrouvé les photos prises en hiver !

La Saint-Antoine est une lactuca sativa, c'est à dire une laitue pommée. Mais il n'est pas du tout nécessaire d'attendre qu'elle pomme avant de la consommer. Voici comment procédaient les maraîchers de Sainte Ménehould :

(Ils) la semaient à la volée et la récoltaient lorsque les plantes avaient seulement 6 à 7 feuilles: il la vendaient au poids, souvent par 100 grammes comme "petite salade" qu'on pouvait mélanger à d'autres variétés

Lise Besème et Alain Huon " Légumes anciens des potagers de la Champagne-Ardenne" - Editions Guéniot.

Pratique, non ? On sème, on récolte la "petite salade" pour éclaircir et on laisse grossir les autres ! Enfin, on fait ça quand on a des graines car quand j'ai voulu en semer à l'automne 2019, impossible d'en retrouver. Heureusement, sur une étagère poussiéreuse, j'ai déniché un vieux sachet de 2012... que j'ai semé ! Quelques graines ont levé et je me suis bien gardée de manger les salades : je les ai laissées monter en graines... ce qu'elles ont fait bien gentiment cet été.

Le légume du dimanche : la laitue Saint Antoine

J'ai reconstitué une réserve de graines

Vous me direz que si j'avais perdu ces graines, ce n'était pas une catastrophe et que je n'avais qu'à en commander des nouvelles. C'est vrai. mais celles-ci, j'y tiens, c'est sentimental. Ce ne sont pas des graines achetées mais des graines données... qui ne sont jamais passées par une filière commerciale. Autrefois, les gens se passaient des graines de jardinier à jardinier et il était bien rare qu'ils en achètent. Celles-ci ont donc une valeur toute particulière. Comme les fleurs étaient fanées et que des petits toupets blancs apparaissaient en masse à leur place, j'ai coupé l'extrémité des tiges et je les ai laissées sécher.

Les sachets en papier, c'est ce qui convient le mieux. Coupez les tiges quand le temps est très sec, quand c'est possible.
Les sachets en papier, c'est ce qui convient le mieux. Coupez les tiges quand le temps est très sec, quand c'est possible.

Les sachets en papier, c'est ce qui convient le mieux. Coupez les tiges quand le temps est très sec, quand c'est possible.

Déjà un semis

Aujourd'hui, un peu (trop) impatiente, j'ai décidé de tenter un semis. Il faut dire qu'une planche du potager était presque vide, et je n'aime pas ça !

Il reste ici deux plants de raw-ram, un jiaogulan, un Hablitzia tamnoides, quelques céleris à côtes rouges et un peu de cerfeuil. Il reste pas mal de place pour un petit semis de Saint Antoine. J'ai commencé par enlever le paillis.

Il reste ici deux plants de raw-ram, un jiaogulan, un Hablitzia tamnoides, quelques céleris à côtes rouges et un peu de cerfeuil. Il reste pas mal de place pour un petit semis de Saint Antoine. J'ai commencé par enlever le paillis.

Sur le sol tout juste ratissé, j'ai réparti les graines "à la volée" comme les maraîchers de Sainte Ménehould et j'ai juste "plombé" la terre avec le dos du râteau. Puis, j'ai arrosé. Et voilà !

Le légume du dimanche : la laitue Saint Antoine

Où sont les graines ?

Étant donné qu'on m'a posé la question aujourd'hui, je suppose que ce n'est pas si évident que ça. Mais la réponse est simple : elles sont juste en-dessous du petit toupet blanc qui subsiste au-dessus du réceptacle. Quand on l'enlève, on trouve les graines :

Les graines, bien rangées dans le réceptacle. Elles mesurent environ 2 mm de long.
Les graines, bien rangées dans le réceptacle. Elles mesurent environ 2 mm de long.

Les graines, bien rangées dans le réceptacle. Elles mesurent environ 2 mm de long.

En fait, quand les graines sont mûres, elles tombent toutes seules (d'où l’intérêt du sachet). Il suffit de secouer les tiges sèches pour les récolter.

Les graines mûres tombent toutes seules.

Les graines mûres tombent toutes seules.

Je vais tout de même terminer par le plus important : c'est une très bonne laitue ! Elle est croquante et juteuse et elle a beaucoup de goût. Il existe aussi des recettes dans lesquelles on l'utilise cuite mais ça, je vous en reparlerai quand elle aura poussé et que je l’aurai cuisinée.

Encore une chose : vous verrez souvent écrit qu'il faut semer la Saint Antoine en mars-avril. C'est faux : on peut la semer toute l'année en évitant toutefois les mois de mai à août car il fait trop chaud. Une température un peu en dessous de 20°, c'est l'idéal. Mais les laitues germeront et pousseront (plus ou moins lentement selon les variétés), à des températures proches du 0°C. (Source : NC State Extension Publications, 2019, Horticulture Information Leaflets, North Carolina State University . URL : https://content.ces.ncsu.edu/lettuce).

Où se procurer les graines ?

Voici quelques liens :

Et pour ceux qui s'intéressent à ce Saint disparu du calendrier :

Encore deux ou trois petites choses, histoire de causer :

Si vous aimez le petit plat blanc en porcelaine genre "origami" dans lequel je fais tomber les graines, sachez qu'il s'agit d'une réalisation de ma très talentueuse prof de céramique Frédéricque Bigonville.

Je compte poursuivre cette série avec un légume, ou en tout cas une plante comestible, par semaine en donnant des informations soit sur le semis, soit sur leur culture ou la manière de les consommer et de les conserver. Avec, si possible, quelques anecdotes. j'espère que ça va vous intéresser

Et encore une fois toutes mes excuses aux personnes qui essayent de laisser un commentaire et qui n'y arrivent par pour cause de "Jeton brf invalide". Malgré mes plaintes répétées et celles d'autres "overblogueurs", il n'y a toujours pas d'amélioration.

Mais restons zen... à bientôt.

Publié dans Légumes, Potager

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DANIELLE CHECHIRLIAN 11/09/2020 20:10

Bonsoir madame;
merci pour me donner le plaisir de vous lire et admirer vos superbes photos.
Vous m'avez donné l'eau à la bouche avec vos laitues St Antoine. Je vais en commander car je n'ai pas la chance du partage familiale étant la première jardinière de la famille...
Bonne continuation.

Annick Boidron 11/09/2020 20:17

Bonsoir Danielle,

Envoyez-moi votre adresse postale vi

Valerie Havard 01/09/2020 18:31

PS: en postant les commentaires d'un autre appareil, cela marche! (en tout cas pour moi)...

Annick Boidron 01/09/2020 21:08

Ben oui, mais c'est tout de même embêtant cette histoire de jeton et tout le monde n'est pas opiniâtre au point d'essayer d'envoyer un commentaire via un autre appareil ou les contact. je suis d'autant plus reconnaissance envers les personnes qui, malgré tout, s'obstinent à laisser des commentaires. Un grand merci, donc. Et en effet, je suis bien d'accord les légumes qu'on cultive soi-même et qu'on mange tout frais sont bien meilleurs que n'importe quel légume acheté.

Valerie Havard 01/09/2020 18:30

Merci de nous faire découvrir ces belles petites graines. Cela fait vraiment envie! Rien de meilleur que les légumes que l'on a élevé soi-même (même si c'est parfois sentimental ;-))
Amicalement
Valérie

Rahir Pascale 31/08/2020 08:56

Oh mais ça c'est une excellente idée. Je vais encore faire une longue liste de graines à trouver. Je me réjouis de lire tes prochains articles. Ton expérience là dessus est une source d'inspiration pour moi qui débute au potager. J'ai remarqué que tu as pensé aux photos de récolte. Je suis persuadée que ça aidera bon nombre de jardinier. La recolte des semences est hyper importante à mes yeux surtout si on veut se libérer des dictats commerciaux. Merci et bisous

Rahir Pascale 02/09/2020 20:22

Tout à fait d'accord, Je parlais évidemment des "gros" producteurs qui uniformisent le choix. Il faut donner envie aux autres de semer et les diriger vers les producteurs comme Semailles et autres.

Annick Boidron 01/09/2020 21:05

Effectivement, c'est important de pouvoir récolter ses propres graines. En même temps, c'est aussi un problème de conscience : des gens comme Semailles, cycle en terre chez nous ou plant world seeds en Angleterre vivent de la vente de graines et c'est ce qui leur permet de faire des recherches et de retrouver d'anciennes variétés ou des variétés originales. je me dis que si on partage directement tout ce qu'ils proposent, ils n'auront plus de revenus. Mais il faut souligner qu'eux-mêmes encouragent les gens à produire leurs propres graines... la vie n'est pas simple...

Sylviane 30/08/2020 20:00

Merci Annick, Je cours dès demain chez mon fournisseur Semailles ! Très intéressant comme toujours. Une question qui n'a rien à voir, j'ai un Tomatillo (un arbre dirais-je) qui doit bien porter un millier de fleurs, mais pas une seule lanterne, peux-tu éclairer la mienne? Merci d'avance Sylviane

Annick Boidron 30/08/2020 20:49

(re)bonjour Sylviane. Il n'y a vraiment pas la moindre mini-lanterne, même en formation ?