Pourquoi mon shiso pourpre verdit-il sous les tomates ?
Dans la serre, sous les tomates et les poivrons, j'aime planter toutes sortes de végétaux qui occupent le sol et gardent l'humidité. Pour cet usage, le shiso (ou périlla) est parfait.
Tellement parfait que je n'ai même pas à le semer... il fait ça tout seul... et avec générosité ! Il suffit de regarder un peu sous les plants de tomates pour trouver des semis spontanés.
Il s'agit d'une variété à feuilles non frisées et pourpres. Oui, pourpres ! Je ne suis pas daltonienne et je n'ai pas la berlue : Ces shisos sont tous des descendants de ceux-ci :
Le shiso pousse aussi très bien à l'extérieur, dans un sol riche et frais. C'est là qu'il est le plus beau. (photo prise en 2019)
Vous pensez peut-être : "ouais, ils ont dégénéré au fil des générations".
Eh bien, pas du tout : voici un autre plant, issu du même semis spontané.
Celui-là pousse en plein soleil et sans arrosage !
Le shiso est capable de s'adapter à la chaleur et à la sécheresse... il prend simplement une allure différente.
Étonnant, n'est-ce pas, d'observer une telle différence de coloration selon la situation ! L'explication tient à la quantité d'anthocyanes présente dans les feuilles
Les anthocyanes font partie des pigments responsables des couleurs rouges, violettes et bleues de nombreuses fleurs, mais aussi de nombreux fruits et de certaines feuilles.. Mais elles jouent aussi d'autres rôles, notamment protéger les plantes des effets nocifs des rayons du soleil.
On comprend bien, intuitivement, pourquoi une plante qui pousse au soleil est plus colorée que sa sœur qui pousse à l'ombre. On a d'ailleurs longtemps pensé que c'était la lumière qui « fabriquait » les anthocyanes.
En réalité, c'est un peu plus compliqué que cela.
Les feuilles contiennent des photorécepteurs, des protéines capables de détecter certaines longueurs d'onde de la lumière. Certaines réagissent principalement à la lumière bleue, d'autres au rouge, d'autres encore aux UV-B.
Lorsqu'ils sont activés, ces photorécepteurs déclenchent une cascade de réactions qui aboutit finalement à l'activation des gènes responsables de la synthèse des anthocyanes.
Tant que la plante est exposée à une lumière intense, ces gènes restent actifs et les anthocyanes sont produites. Lorsque cette stimulation diminue, leur activité diminue également et la plante fabrique beaucoup moins de pigments.
Autrement dit, la lumière ne fabrique pas directement les anthocyanes : elle donne à la plante le signal de les fabriquer.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve fascinant qu'un même shiso puisse présenter un aspect si différent selon l'endroit où il pousse. Issus de semis spontanés et provenant des mêmes plantes mères, ils sont pourtant très proches génétiquement. La différence ne vient pas de leur patrimoine génétique, mais essentiellement de la manière dont leurs gènes s'expriment en fonction de la lumière reçue.
Et vous avez remarqué ? il n’y a pas que la couleur qui change : les feuilles du shiso qui se trouve au soleil sont beaucoup plus petites. Sans entrer dans les détails cela peut s'expliquer de deux façons :
- La petite taille des feuilles réduit la transpiration, donc la perte d'eau
- À l'ombre, la plante n'a plus besoin de produire autant d'anthocyanes protectrices. Elle peut alors investir davantage dans la fabrication de grandes feuilles, capables de capter le peu de lumière disponible.
Ces variations chez une même plante sont toujours amusantes à observer. Mais le plus intéressant, finalement, c'est tout ce que l'on peut faire avec le shiso. Ce sera l'objet d'un prochain article...
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