Enquête sur les origines lointaines de trois très belles hellébores
Trois jolies petites hellébores achetées à Kalmthout m’ont entraînée dans une enquête passionnante. D’où venaient-elles vraiment et est-ce que j'avais eu raison de les acheter ?
C'est leur feuillage inhabituel qui m'a attirée. Elles étaient un peu cachées, posées par terre à côté du stand de la pépinière Morning Glory.
Je n'ai pas trop réfléchi : j’en ai pris une de chaque. Ma connaissance très embryonnaire du néerlandais m'avait tout de même permis de comprendre qu'elles étaient bien rustiques : Winterhardheid : prima.
C'est sur le chemin du retour, en discutant de mes achats avec mon ami Anthony qui nous véhiculait, que j'ai commencé à avoir des doutes. C'était quoi ces hellébores si étranges ?
J'ai décidé de mener l'enquête... et ça m'a passionnée.
🌱 Première piste : un nom évocateur
Mes nouvelles hellébores font partie d'une série au nom révélateur : The Rockies (les Montagnes Rocheuses). Viendraient-elles donc des États-Unis ? Une recherche rapide m'a tout de suite conduite sur un site états-unien : Must Have Perennials. C'était facile !
On trouve déjà pas mal de renseignements sur leur site : Must Have Perennials est spécialisé dans les vivaces "hors du commun". Ils les testent sous différents climats pendant deux ou trois ans avant de… vendre les licences à des producteurs qui vont les multiplier.
🌍 Une origine Japonaise
Ce qui est extraordinaire, et qui montre bien que nous vivons une époque formidable (à discuter...), c'est que Must Have Perennials se fournit en plantes "à posséder absolument" auprès d'obtenteurs du monde entier.
Alors, vous devinez où elles sont nées, mes hellébores ? Oui, vous le savez puisque vous avez lu le titre ! Elles ont vu le jour au Japon et plus spécialement chez Miyoko Matsumura, une des hybrideuses d’hellébores les plus réputées de son pays.
🌳 Des ancêtres européens
En fouillant un peu, j'ai découvert que les hellébores The Rockies sont des hybrides entre Helleborus niger (la "rose de Noël" classique) et Helleborus argutifolius (l’hellébore de Corse). C'est une hybridation qui "se fait beaucoup", on les appelle des nigercors. Ce croisement permet de combiner les qualités de l'une et l'autre espèce… quand l'hybrideur a de la chance.
L'hellébore de Corse pousse en Corse et en Sardaigne - Par Picture taken by User:Tigerente — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=594370
L'Helleborus niger pousse en Europe centrale - Par Meneerke bloem — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=86161748
🧪 Un passage par le laboratoire
Ils sont chouettes ces hybrides : résistants, fleurissant tôt en saison, décoratifs. Mais ils sont stériles et leur multiplication est très difficile par division. (source)
Mais il reste une solution : la multiplication in-vitro par culture de tissus. C'est une technique qui permet de produire une multitude de clones de la même plante à partir d'un tout petit bout de celle-ci. Ça se fait en laboratoire dans des conditions aseptisées.
Sur la page facebook de Must have perennials, j'ai trouvé assez facilement où mes hellébores avaient été multipliées : chez Walter Blooms plants, une société des Pays-bas. Si on est pépiniériste et qu'on veut s'en procurer, c'est là qu'il faut s'adresser
Photo d'un laboratoire de la société Walter Blom Plant dans lequel on multiplie les plantes in-vitro (source : site de WBP)
🚛 En route vers les pépiniéristes
Après plusieurs étapes de développement dans un milieu bien stérile, sous une lumière et à une température savamment dosées, les employés de Walter Blom Plant repiquent les bébés plantes dans des plateaux alvéolés. Elles sont enfin exportées chez des pépiniéristes en Europe, aux États-Unis et en Extrême-Orient.(Source).
Mes trois hellébores The Rockies sont restées en Hollande… où elles sont finalement arrivées à la pépinière Morning Glory à Aalsmeer. Vous connaissez Aalsmeer ? C'est là où se tient le plus grand marché aux fleurs du monde !
OK, ce ne sont pas des hellébores, c'est juste pour vous montrer un plateau tel que les pépiniéristes le reçoivent.
Le rôle du pépiniériste : repiquer les mini-mottes en godets et les élever jusqu'à ce qu'elles aient une taille suffisante pour être amenées jusqu'à Kalmthout… qu’Annick passe par là… et en achète trois.
🏡 Fin du voyage aux Quatre Moineaux
L'histoire se termine ici : il ne reste plus qu'à installer mes trois hellébores The Rockies là où elles seront heureuses. Pour le moment elles sont en pots : elles vont passer l'hiver sous haute surveillance.
Fallait-il acheter ces hellébores hybrides ?
Alors, qu'est-ce qu'il faut en tirer comme enseignement ? Est-ce mal d'acheter des plantes dont les ancêtres sont nés en Europe, qui ont été hybridées au Japon, testées et commercialisées aux États-Unis, multipliées en laboratoire aux Pays-bas, élevées aussi aux Pays-bas mais ça aurait pu être bien plus loin, vendues en Flandre puis plantées en Ardenne ? Est-ce que ce n'est pas comparable au fait d'acheter un t-shirt à 5€ fabriqué à l'autre bout du monde ? Interpellant, n'est-ce pas ?
J'avoue que je préfère planter dans mon jardin des vivaces semées ou bouturées par un(e) pépiniériste sympa que je connais ou, encore mieux, qui m'ont été données par un(e) ami(e). Mais je ne peux pas m'empêcher d'être fascinée quand je pense à tout ce qui a été mis en œuvre pour créer ces trois hellébores. (Oui, et les vendre, OK, j'ai bien compris que c'était un business).
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